Les petites histoires de Margine qui joue avec les mots.

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01 mai 2016 ~ 0 Commentaire

La boîte de lumière

boite lumière

L’enregistrement audio est ICI

Il était une fois, un petit village, bien gai, tout fleuri, où les gens vivaient tranquillement. Mais au bout de ce gentil village, tout au bout, vivait une sorcière, dans une vieille cabane de planches. Elle était très laide, portait de vieux habits gris et marchait à l’aide d’un grand bâton, duquel elle menaçait tous ceux qui croisaient son chemin. Et elle ne sentait pas très bon. Comme elle était méchante, cette sorcière! Chaque fois qu’elle venait chercher de l’eau à la fontaine, sur la petite place de la mairie, elle donnait des coups de pieds aux enfants. Les habitants s’indignaient, mais n’osaient pas trop s’en prendre à elle, car ils savaient qu’elle avait des pouvoirs magiques.

Mais un jour la sorcière exagéra. Elle bâtit le fils de la boulangère, qui n’avait pas eu le temps de s’échapper en la voyant arriver. Elle lui donna sur l’épaule un grand coup de bâton. Le garçon s’en trouva presque assommé et s’enfuit en hurlant de douleur. Les habitants en furent excédés. Ils s’armèrent à leur tour de bâtons et rouèrent de coups la sorcière.

– Je me vengerai, cria la sorcière. Je me vengerai. La nuit éternelle régnera sur le village.

Les habitants tremblèrent de peur. Et ils eurent raison.

Car depuis ce jour, le village vit dans la pénombre. Pas dans la nuit totale, non. Mais le ciel est toujours très gris, bien qu’il n’y ait jamais de nuage. Il fait toujours froid, et plus personne ne voit briller le soleil. Alors, il n’y a plus de fleurs. Les enfants ne jouent plus autour de la fontaine, et les gens sont devenus tristes.

Anniette et son papa, le docteur Levasseur, vivent dans ce village. Ils habitent une grande maison, près de la mairie. Anniette a huit ans. Sa maman est morte, il y a bien longtemps, mais son papa et sa nourrice, Célestine, sont bien bons pour la petite fille. Au rez-de-chaussée, il y a une grande pièce qui sert de cabinet au docteur Levasseur, pour recevoir les malades. Quand il n’y a personne, Aniette s’installe au bureau et joue au docteur avec ses poupées. Elle fait comme son papa.

– Allons, lui dit Célestine. Il va falloir monter dans votre chambre, votre papa va descendre. Il y a déjà beaucoup de personnes, dans la salle d’attente.

– Puis-je jouer dans le grenier, aujourd’hui, Célestine?

– Le docteur n’aime pas trop vous voir là-haut. Le plancher n’est plus très solide.

Anniette se jete au cou de sa nourrice en la couvrant de baisers:

– Célestine, ma Célestine, je t’’aime. Je ne dirai rien à papa, promis! murmura-t-elle.

Comme chaque fois, Célestine se laisse attendrir, et cède à la petite fille. D’ailleurs Anniette est une petite fille bien élevée, qui ne fait pas de bêtises dans le grenier. La plupart du temps elle se déguise d’une robe et d’un chapeau, qu’elle trouve dans la malle en osier, et lit un livre qu’elle choisit parmi ceux de la longue étagère. L’étagère du dessous. Elle voudrait bien lire les livres de l’étagère du dessus, ou attraper les différents objets qui s’y trouvent. Mais il faudrait monter sur une chaise, quitte à en tomber. Cela ferait beaucoup de bruit, papa entendrait tout et ne serait pas content. Anniette a lu beaucoup de livres, mais celui qu’elle préfére est « Les malheurs de Sophie » de la Comtesse de Ségur. Sophie n’est pas une petite fille bien sage comme Anniette, certes, mais elle est très gaie… et a la permission de jouer dehors.

Le Docteur Levasseur entra dans son cabinet, et trouva la nourrice, Anniette dans les bras, parlant à voix basse.

– Allons, allons, dit-il qu’est-ce que vous tramez encore derrière mon dos, toutes les deux?

Il avait froncé ses sourcils, mais on sentait son sourire dans sa voix. Le docteur se réjouissait de la complicité de celles qu’il appelait « ses deux femmes ». Anniette avait tant souffert de la perte de sa maman. M. Levasseur était un grand homme, aimable, encore jeune, toujours vêtu d’un costume bleu. Il était très aimé au village, mais comme ses habitants, il avait le regard triste, comme le ciel.

Célestine retourna à sa cuisine et Anniette monta au grenier en riant, sur la pointe des pieds, pour ne pas faire grincer les marches.

Elle n’a pas très envie de lire, aujourd’hui. Alors elle parcourt des yeux le grenier, à la recherche du cheval à bascule, quand une boîte posée sur l’étagère du dessus l’interpelle.

Anniette est ravie:

– J’ai bien grandi, se dit-elle en se hissant sur la pointe des pieds. Avant, je ne voyais pas même pas la boîte. Voilà! Je t’ai attrapée, petite boîte. Tu es bien jolie.

La boîte n’est pas très grande, en bois très finement sculpté. Elle ressemble beaucoup à celle qui est posée sur la console du salon. Mais celle du salon est fermée à clef. M. Levasseur, de temps en temps l’ouvre, le dimanche, quand ils sont ensemble à prendre le goûter sur les fauteuils. C’est un vrai ravissement pour Anniette, qui voit alors une danseuse sortir de la boîte et tourner sur elle-même. Il y a aussi une très jolie musique qui donne envie de danser. Et surtout, papa parle de maman, qui, tous les jours, ouvrait la boîte, pour Anniette, avant d’aller se coucher. Mais Anniette ne se souvient plus, elle était trop petite.

La boîte du grenier n’est pas fermée à clef, elle. Anniette l’ouvre facilement. Alors, à la grande surprise de la petite fille, une immense lumière surgit de la boîte. Elle envahit tout le grenier, puis se répand à travers le plancher, à travers les murs, par la fenêtre, partout, partout. Anniette reste pétrifiée sur place, comme une statue. Elle n’a jamais vu autant de lumière. Que c’est beau…

Mais déjà papa arrive. Elle l’entend qui monte les escaliers quatre à quatre.

– Je crois que j’ai fait une énorme bêtise, pense-t-elle.

Déjà les larmes lui viennent aux yeux.

Mais contre toute attente M. Levasseur n’est pas fâché. Il attrape Anniette et la sert très fort dans ses bras.

– Pardon papa. J’ai juste ouvert un petit coffret en bois.

– Viens avec moi, répondit seulement M. Levasseur.

Il saisit Anniette par la main, et l’emmene très vite dans le jardin. Quel émerveillement ce fut pour Anniette! Il y avait de la lumière partout. Le soleil brillait à nouveau.

Cependant, M. Levasseur s’assoit sur le banc, où il entraîne Anniette, et se met à pleurer.

– Papa, lui dit Anniette. N’es-tu pas heureux que la lumière soit revenue?

– Il faut que je te dise un secret, ma pauvre petite fille. Tu connais la raison pour laquelle il n’y a plus de soleil sur notre village?

– Bien sûr papa. C’est la sorcière qui l’a prise.

– Oui, mais ce que tu ne sais pas, ce que personne ne sait, pas même Célestine, c’est que la sorcière m’a donné la boîte dans laquelle elle a enfermé la lumière. Elle m’a dit que je devais la garder éternellement, et que si je l’ouvrais, elle viendrait te tuer. Ma pauvre petite fille, comment te protéger maintenant?

Anniette sentit une grosse boule se former dans sa gorge, et elle pleura beaucoup, sur le banc du jardin, avec son papa.

Pendant ce temps, tous les habitant du village étaient sortis dans les rues. Ils dansaient, chantaient, riaient, sautaient et criaient de joie.

– La lumière est revenue, hourra! hourra!

– Vive le soleil!

– Comme il fait chaud, hourra!

Voyant le père et sa fille pleurer, une jeune femme s’approcha.

– Eh bien, M. Levasseur, que vous arrive-t-il? Vous ne vous réjouissez pas avec nous, que le soleil soit revenu?

– Hélas, mademoiselle, la sorcière se vengera.

– La sorcière? s’étonne la jeune femme. Mais la sorcière est morte!

– Morte? s’écrie le docteur.

– Oui. Quand la lumière est revenue, elle est arrivée en courant à la fontaine. Mais elle était tellement en colère que son cœur n’a pas résisté. Elle s’est effondrée d’un coup, toute morte.

Et la jeune femme poursuivit sa course dans les rues, en riant.

Les larmes de papa et sa fille étaient déjà séchées quand Célestine les rejoignit. Et ils vont aussi, tous les trois, au travers du village, crier leur bonheur.

Le soir même, on fit une grande fête sur la place de la mairie. M. Levasseur fit longuement la conversation à la jeune femme qui lui avait annoncé la mort de la sorcière. Il la trouva bien jolie, et la jeune femme trouva le docteur bien aimable…

05 avril 2015 ~ 0 Commentaire

Le souriceau désobéissant

Maman souris était attablée avec ses quatre souriceaux.

— Nous n’avons plus rien à manger, leur dit-elle. Il faut que j’aille aux commissions. Mais la ville est bien loin. Je ne reviendrai que demain. Ce soir, couchez-vous sagement et demain matin attendez mon retour tranquillement en lisant ces livres rangés sur l’étagère.

Maman souris enfila son manteau. Elle embrassa chacun de ses petits et avant sortir, leur donna un dernier conseil :

— Je vous interdis de manger du papier sur lequel quelqu’un a écrit. C’est dangereux pour la santé.

Les souriceaux promirent. Maman souris prit son cabas et s’en alla.

Il faisait déjà nuit, les souriceaux allèrent se coucher sagement.

Mais le lendemain, au lever, il n’y avait rien à manger.

— J’ai faim, dit Auguste, le dernier né.

— Il n’y a plus rien à manger, répondit sa sœur.

— Patiente, lui dit son grand frère, maman renvient aujourd’hui.

L’autre frère ne dit rien. Il lisait « Le vilain petit canard ». Mais il regarda Gustave d’un air agacé en haussant les épaules.

Gustave prit la mouche et lui dit :

— On ne peut pas se nourrir de lecture ! Par contre, ton livre remplirait bien mon estomac…

Il se jeta sur son frère et lui arracha le livre des mains. Aussitôt il en dévora les premières pages.

Gustave aurait mieux fait d’écouter à sa maman, car ses frères et sa sœur ne tardèrent pas à la voir le souriceau se transformer. Au fil des pages, il lui poussait de méchantes plumes noires et un bec.

Avant la faim du livre, Gustave soupira d’aise.

— Je n’ai plus faim, dit-il.

Trop trad. Il était devenu le vilain petit canard du livre.

C’est alors que maman souris revint, les bras chargés de délicieuses provisions.

Imaginez sa surprise quand elle vit qu’il ne lui restait que trois petits, et qu’un vilain canard habitait sa maison.

Les souriceaux lui racontèrent ce qui était arrivé, et maman souris se mit très en colère. Puisqu’Auguste lui avait désobéi, elle le chassa sans plus attendre.

On vit longtemps Auguste errer seul dans les bois. Puis un soir on le retrouva mort de faim.Voilà ce qui arrive aux enfants désobéissants.

Au moins Auguste aurait-il dû dévorer le livre entier : il serait devenu un beau cygne blanc.

 

La fin est trop triste? Je vous en propose une autre:

Puisqu’Auguste lui avait désobéi, elle le chassa sans plus attendre.

Seul dans les bois, notre pauvre Auguste pleura longtemps. Et il avait toujours aussi faim. Il fouilla le fond de ses poches, à la recherche de quelques miettes oubliées.

— Mais il me reste la fin du livre !

Il le dévora à pleines dents.

Cette fois-ci, il devint un magnifique cygne blanc.

La princesse Henriette, qui se promenait dans le bois, vit le cygne et s’écria :

— Quel bel oiseau !

Et elle lui posa un baiser sur le bec. Aussitôt le souriceau se transforma en Prince Charmant.

Quelques jours après il épousa la princesse Henriette. Ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants

 

Sur une idée de Pascal Perrat

23 février 2015 ~ 2 Commentaires

La poupée mécanique

poupeeL’enregistrement audio est ICI,

avec une recette de bon gâteau au chocolat!

Dimanche dernier, avec papa et maman, nous sommes allés à la brocante. Moi je ne savais pas ce que c’était, une brocante. Maintenant je sais. C’est comme un grand magasin dehors. On  peut même y manger des frites et des crêpes au soleil. Et ça discute, et ça papote… Papa a acheté un énorme tableau pour accrocher sur le mur de son bureau. Il m’a dit que c’est de larastrait. Je le trouve vraiment moche. Quant à moi, j’ai eu une poupée.

C’est moi qui l’ai vu la première.

— Regarde, maman, la jolie poupée.

Mais je n’ai pas réclamée, sinon c’est sûr que je ne l’aurais pas eue. J’ai caressé ses longs cheveux noirs un peu emmêlés et je l’ai embrassée.Maman a dit au monsieur :

— Combien la poupée ?

— Pas cher. Quinze euros.

— Quinze euros ? Pas cher ? Elle est un peu sale et vieillotte, tout de même.

Alors le monsieur me l’a prise doucement des mains, est venu s’asseoir sur un minuscule tabouret devant moi, et il a dit à maman :

— C’est une poupée mécanique.

— A quoi elle sert la toute petite clé qu’elle a dans sa main ? interrompis-je.

— Regarde.

Il a pris la clé, l’a mise dans un petit trou caché dans le dos de la poupée et a tourné plusieurs fois. C’était magique. Les yeux de la poupée se sont mis à cligner et ses bras à remuer de haut en bas.

— Mais pourquoi elle fait tant de bruit ta poupée ?

— Tu sais, cette poupée avait un papa serrurier et une maman musicienne. Patiente juste quelques secondes.

Et alors là, c’était encore plus magique. La bouche de la poupée s’est ouverte, et elle a chanté « Au clair de la lune » !

— Tu vois, me dit le monsieur, la petite clé sert à faire briller les étincelles que les petites filles ont dans les yeux.

 

Je n’ai pas tout compris, mais maman a acheté la poupée. En rentrant à la maison, nous l’avons lavée et coiffé ses grands cheveux, et hier mamie m’a promis de lui coudre des beaux habits de princesse. Comme elle va être belle, ma poupée magique…

 © Margine

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03 octobre 2014 ~ 2 Commentaires

Pourquoi les arbres perdent leurs feuilles en automne

     Comme chaque année, dès la fin du mois de septembre, la maîtresse de la classe de maternelle emmènera ses élèves en forêt. Les parents liront sur une affichette à la porte d’entrée :

     « Demain, n’oubliez pas de prévoir pour vos enfants un vêtement de pluie, des chaussures de marche et un grand sac en plastique. »

     Et comme chaque année, la maîtresse fera faire aux enfants des tableaux de feuilles récoltées dans les bois. On les accrochera au mur du couloir pour que les papas et les mamans puissent les admirer et constater très objectivement que c’est celui de leur enfant qui est le plus réussi.

     Et comme chaque année, les enfants seront trop petits pour attraper les feuilles sur les branches. Alors tous les arbres laisseront tomber leurs feuilles par terre pour que les enfants n’aient plus qu’à se baisser pour les ramasser.

©Margine

Télécharger le fichier MP3 ici : Les feuilles d’automne

04 septembre 2014 ~ 0 Commentaire

Recherche bénévoles

 

recherche-benevoles

Audiocité.net

cherche des bénévoles pour lire des livres.

10 juillet 2014 ~ 2 Commentaires

Le chien de Jérémie

deux vinsL’enregistrement audio de cette histoire est ICI

Histoire que les enfants qui veulent un chien doivent raconter à leurs parents.

 

Mamoune ne voulait pas d’animal à la maison. Comment l’élever, lui donner un ordre quand on est sourde et muette ?

-N’insiste pas, martelait-elle à son fils. C’est non ! non ! et non !

Malgré ces non ! qu’elle criait en langage des signes, Jérémie voulait un chien. Il n’était ni sourd ni muet, lui. Il l’élèverait, le chien ! Alors il commanda un chien invisible, une nouvelle race vendue sur internet.

Quelques jours après arrivait par porteur express un chien invisible, accompagné de sa notice :

Votre chien s’appelle Popeye. Il s’entretient comme un chien ordinaire : il faut lui donner à boire et à manger, le sortir, le caresser. Son odeur particulière pouvant révéler sa présence, ne pas oublier de le laver chaque semaine.

ATTENTION : donner impérativement un comprimé d’invisibilité au chien toutes les 12 heures si vous désirez qu’il reste invisible. A défaut, le chien se matérialisera dans les 4 heures suivant l’oubli de la prise du comprimé.

Mise en service du chien : Soulever son oreille gauche et tapez le code

POP87102

Votre chien se mettra en service et vous serez le seul à le voir.

Au début tout allait pour le mieux. Jérémie n’oubliait jamais le comprimé : à 7 heures quand il se levait, et le soir à 19 heures juste avant de passer à table. Et les balades en  forêt enchantaient sa Mamoune qui croyait que son fils s’était enfin mis à faire du sport ! Le chien avait quand même un inconvénient : il aboyait. Mais comme Mamoune était sourde…Il était si intelligent et gentil qu’il devint le meilleur ami de Jérémie en quelques semaines. Ce qui impressionnait Jérémie, c’était quand Popeye essayait d’apprendre le langage des signes. Il se dressait sur ses pattes arrière et faisait de grands mouvements avec les pattes avant. Bien sûr il ne pouvait pas parler comme Jérémie et Mamoune, car il n’avait ni mains ni doigts. Mais sa gymnastique se transforma très vite en de drôles de danses qui faisaient beaucoup rire son petit maître.

Jérémie était transformé par l’arrivée du chien dans sa vie. Il avait retrouvé son sourire et sa bonne humeur, disparues depuis la mort tragique de son papa dans un accident de voiture. Désormais Jérémie dansait, chantait, sortait. Mamoune en était ravie.

Mais le secret était lourd à garder.

Jérémie décida de se confier à son ami Nicolas. Les deux garçons ne se connaissaient pas depuis longtemps, mais ils étaient rapidement devenus complices. Nicolas garderait le secret.

-Je dirais à Mamoune que tu viens dormir à la maison ce soir et je te confierai mon secret, dit- il à Nicolas.

A 19h30, le repas avalé en vitesse, les deux copains se retrouvèrent dans la chambre de Jérémie.

- Regarde, dit Jérémie en désignant le panier où il avait placé une couverture bien chaude.

Il n’avait pas donné le comprimé à Popeye. Nicolas se pencha sur le panier et vit petit à petit apparaître le chien. D’abord le museau, puis la tête, le cou…

- Ben ça alors ! Ben ça alors !

Nicolas était si surpris qu’il ne trouvait pas d’autres mots.

-Ben ça alors ! répétait-il encore.

Et pendant toute la soirée Jérémie raconta à Nicolas sa nouvelle vie avec son chien. Vers 23 heures, Popeye était complètement visible. Jérémie mit de la musique et Popeye se dressa sur ses pattes arrière pour danser. Euh…Pardon…Pour parler le langage des signes ! A minuit les deux garçons riaient encore de bon cœur. Jérémie mit sur la tête de Popeye le petit chapeau multicolore qu’il lui avait confectionné en secret. Les rires des garçons redoublèrent.

C’est à cet instant que Mamoune entra dans la chambre.

Elle s’était levée pour boire un verre d’eau et avait vu le rai de lumière sous la porte. Personne ne pourrait décrire la stupeur qui se peignit sur son visage. Pris de panique, Jérémie jeta une couverture sur Popeye pour le cacher. Mais Popeye en ressortit aussitôt. Nicolas, qui ne connaissait encore du langage des signes que quelques mots de politesse pour s’adresser à Mamoune, assista alors à un vrai ballet de bras et de mains ; Jérémie et Mamoune se disputaient très fort. Et pendant la dispute, Popeye faisait de son mieux, sur ses pattes arrière, pour défendre son maître. Soudain Mamoune posa les yeux lui : elle alors vit le chien le plus drôle du monde, avec un chapeau tout biscornu posé de travers sur la tête. Elle se mit à rire.

Jérémie put enfin expliquer tranquillement à sa Mamoune combien le chien lui était cher, comment il avait appris à bien s’en occuper. Mamoune comprit et pardonna son fils. Popeye n’eut plus jamais de comprimé et devint le chien le plus célèbre du quartier.

 

©Margine

Sur une idée de Pascal Perrat

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10 juillet 2014 ~ 0 Commentaire

Martin de l’eau, Olivier du feu

 

Histoire sans morale pour enfants avertis

 

En ces temps là vivaient dans une fermette normande le père et la mère Lecointre, qui avaient deux fils nommés Martin et Olivier. Ils étaient jumeaux, mais nul ne l’aurait deviné tant ils étaient différents. Depuis sa naissance Martin était un garçon sage et éveillé, souriant à chaque instant. Pour le malheur de ses parents, Olivier naquit  chétif, l’œil fuyant, et il était toujours de mauvaise humeur. Martin était aussi blond qu’Olivier était brun. On aimait donc Martin et on ne se préoccupait pas d’Olivier. Mais ce qui différencia les deux frères au fur et à mesure que les années passaient, ce fut leurs passions : Martin était l’ami de l’eau, Olivier était l’ami du feu.

Avant même de savoir marcher et parler, quand la mère de Martin le mettait dans son bain, il riait et babillait, jouait avec les gouttes qui perlaient sur sa peau. Devenu petit garçon, il ne quittait pas le petit ruisseau qui traversait le village, où il faisait naviguer des coquilles de noix et des radeaux qu’il fabriquait de bric et de broc. Il préférait par-dessus tout construire un barrage et regarder l’eau se répandre sur les rives, au grand dam des lavandières qui voyaient le niveau de l’eau diminuer dangereusement à l’heure de laver les draps. Devenu jeune homme, Martin Lecointre avait délaissé le ruisseau pour apprivoiser l’eau de la rivière  au débit plus conséquent, qui sourdait le long du village. Un matin, assis sur le bord de cette rivière, il avait tendu une baguette de bois au dessus de l’eau et lui avait ordonné : « Lève-toi. » Et on avait vu un filet d’eau se dresser jusqu’à l’extrémité de la baguette. Quelques jours après, c’était un spectacle où des vagues entières montaient, s’entremêlaient et brillaient de mille étincelles dans les rayons du soleil. Puis elles retombaient dans un vacarme digne des plus grandes chutes. Mais passé l’émerveillement, on entendit bientôt dans le village :

- C’est un sorcier !

- Martin n’est pas humain.

- Il apportera le malheur sur la Terre.

- C’est le fils de Diable !

On lui lança des cailloux et partout où il se rendait, on le chassait. Il ne quitta alors plus la maison de ses parents où il vivait encore avec Olivier.

Pendant toutes ces années où Martin domptait l’eau, Olivier, quant à lui, vivait de sa fascination pour le feu, blotti contre la cheminée été comme hiver, le tisonnier à la main. Devenu jeune homme, d’une étincelle Olivier avait appris à faire un grand brasier en un instant. A force d’entraînement, il saisissait les tisons à pleine main sans jamais se brûler. Les parents Lecointre ne le quittaient jamais des yeux, de peur qu’il ne mettre le feu à la maison, ou qu’il ne s’enflamme lui- même.

Dans le village on murmurait :

- Pourquoi ne voit-on jamais Olivier ?

- Pourquoi sa mère le cache-t-elle ?

- Elle ne le cache pas, elle le tient à l’œil. Si Martin a apprivoisé l’eau, il paraît qu’Olivier a apprivoisé le feu !

- Décidément, ces deux enfants sont fils de Diable !!!

Les années passant, les villageois n’adressèrent  plus la parole  aux parents Lecointre et à leurs « fils de Diable ». Quand le père allait aux champs on lui lançait aussi des cailloux en l’insultant, on arrachait ses cultures. On n’achetait plus les œufs et les légumes de la mère Lecointre. On ne leur vendait plus de lait. Il fallut vivre en autarcie, la misère s’installa en une année.

Cependant, dans l’esprit du père Lecointre, c’est la colère et la rancœur qui s’installèrent. Le jour des vingt-cinq ans de ses fils, que l’on ne fêta pas, il décida de se venger de tous ceux qui l’avaient réduit à tant de pauvreté. Il attendit la nuit et alluma un flambeau. Si quiconque avait suivi à cet instant le père Lecointre, il aurait pu l’observer se rendant dans chaque maison, dans chaque ferme, dans chaque étable et dans chaque grange du village, ma foi peu nombreuses. Quiconque l’aurait suivi, aurait vu le père Lecointre enflammer chacune d’elles. Mais personne ne suivit le père Lecointre ce soir-là.

L’alerte fut rapidement donnée. Les villageois s’affolèrent, crièrent au feu, tandis que le curé de la minuscule église sonnait l’unique cloche à toute volée. Bon an mal an, on organisa une chaîne de seaux, qui depuis le petit ruisseau, qui depuis la grande rivière. Mais le feu courrait plus vite que les villageois et gagna la fermette de la famille Lecointre. Devant la peur et les cris  de désespoir de ses parents, Martin dévala vers la rivière et lui ordonna, tendant ses bras vers le ciel : « Réveille-toi et éteint le feu ».

La rivière se souleva, se sépara en autant de jets qu’il y avait de fermes et de maisons en flamme, et tous les villageois virent de grands arcs d’eau passer par-dessus les arbres  de la rivière et venir éteindre chaque foyer. Quand il n’y eut plus une étincelle, Martin ordonna à l’eau de rentrer dans son lit, et la rivière reprit son cours paisible. On entoura aussitôt Martin en chantant, en dansant, le félicitant d’avoir évité que le village ne finisse en cendres. On scandait des hourras à qui mieux mieux : « Vive Martin ! Vive Martin ! »

Quand soudain une vieille femme s’écria :

- Où est Olivier ? Il se cache parce qu’il a mis le feu !

Une autre reprit :

- Mort à Olivier, fils de Diable ! Mort à Olivier !

Le père Lecointre, pris de remords devant l’injustice, voulut se dénoncer. Mais la foule courrait déjà vers la fermette pour lyncher son fils.

Cependant personne ne trouva Olivier. Il avait entendu les cris des villageois et s’était enfui. On ne le revit jamais.

Depuis ce jour les parents Lecointre vivent avec Martin, devenu un héros, dans la fermette qui, comme les autres habitations,  n’avait pas subi trop de dégâts. On laissa Martin jouer au chef d’orchestre avec la rivière, on acheta à nouveau les œufs et les légumes de la mère Lecointre. On leur offrit le lait. On aida même le père Lecointre aux champs. La famille ainsi privée d’Olivier devint riche et heureuse, et le père Lecointre ne se dénonça jamais.

©Margine

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10 juillet 2014 ~ 1 Commentaire

L’escargot et le taureau

Un escargot avait deux jolies petites cornes, qu’il dressait fièrement en se promenant à travers champs. Jusqu’au jour où il rencontra un taureau portant deux énormes cornes sur le front.

L’escargot, par les cornes alléché, lui tint à peu près ce langage :

- Hé ! bonjour , Monsieur du taureau. Que vous me semblez beau. Quel cornage vous portez !

Mais où donc l’avez-vous trouvé ?

Le taureau ayant chanté tout l’été dans l’ignorance était resté et à l’escargot ne sut répondre.

La cigale, installée sur une corne du taureau pour manger un fromage, à l’escargot s’adressa :

- Ses cornes servent de table aux insectes !

Mais la grenouille de la conversation se mêla :

- C’est uniquement par prétention qu’il porte de si grandes cornes !

A ce moment commère la cigogne se posa sur la corne gauche :

- Vous ne savez rien ! C’est une sorte de perchoir à oiseaux, comme le nez de Cyrano !

Devant tant de discordes, on se fâcha fort. La grenouille goba la cigale mais fit une allergie et s’enfla si bien qu’elle creva. Compère Renard, par le vacarme attiré se jeta sur la cigogne et la mangea. Mais il s’empala sur les cornes du taureau et mourut. Le taureau par la peur dérangé s’enfuit en avant et écrasa l’escargot.

L’ignorance est mère de tous les maux.

© Margine

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LE PETIT LIVRE: fichier pdf L’escargot et le taureau

13 juin 2014 ~ 0 Commentaire

Luc le petit pêcheur

Comme tous les dimanches et tous mercredis, au petit matin, le jeune Luc s’installe au bord du lac pour pêcher. C’est un rituel bien établi dont il ne se passerait pour rien au monde. Au placard devoirs, leçons et cahiers qui le font souffrir chaque jour de la semaine. Il s’installe toujours à la même place, la plus fructueuse du lac bien entendu. Luc n’a pas le beau matériel du père Giron. Il s’assoit parterre et en guise de canne à pêche, il a taillé une belle branche bien droite et pas trop longue pour ne pas qu’elle plie. Cependant il y a accroché un fil très solide et possède une collection d’hameçons qui lui ont coûté toutes ses économies. Et surtout, Luc élève quantité de vers qui font pâlir de jalousie le père Giron.

Aujourd’hui c’est mercredi matin. Donc Luc est assis au bord du lac, la canne à la main. Mais la pêche n’est pas très bonne. Peut-être parce qu’il pleut, que le froid engourdit les poissons…Mais ces arguments font rire le père Giron qui a déjà pêché deux belles carpes. Ne se décourageant pas, Luc rallonge le fil de sa canne à pêche, y attache  un solide hameçon sur lequel se tortille le plus beau de ses vers. Il lance le fil le plus loin possible et… CATASTROPHE ! Il sent une résistance au bout de la canne : l’hameçon est coincé quelque part. A une pierre ? A une grosse branche coulée au fond du lac ?

Pendant ce temps, le père Giron, satisfait de sa pêche, avait rassemblé son matériel et partait en saluant Luc d’un sourire narquois :

- J’ai fait trois carpes, aujourd’hui, j’en ai plus qu’il m’en faut, je rentre. Bonne chance, petit.

Il s’en alla. Luc tira alors de toutes ses forces sur la canne qui cette fois revint très facilement vers lui.

- Zut ! J’ai cassé mon fil !

Quelle fut sa surprise quand il découvrit que non seulement son fil n’était pas cassé, mais qu’à son hameçon était accrochée la trappe qui fermait le fond du lac ! Le lac, privé de sa trappe, se vida en un clin d’œil par le fond. Et maintenant qu’il n’y avait plus d’eau, Luc vit tous les poissons frétiller sur la grande flaque boueuse étendue à ses pieds !

Il remplit bien vite sa besace de tous les poissons qu’il pouvait y mettre, et courut vers la place du village. Il criait à qui veut l’entendre :

- Le lac s’est vidé ! Le lac s’est vidé ! Il y a des centaines de poissons à ramasser !

Tous les villageois se précipitèrent au bord du lac. Mais lorsqu’ils arrivèrent, le lac était à nouveau rempli, et les poissons invisibles.Ils crièrent:

- Le pêcheur est un menteur! Le pêcheur est un menteur!

Voilà, les enfants, vous savez maintenant que c’est dans ce village, depuis ce mercredi, qu’est née l’expression « Menteur comme un pêcheur ».

© Margine

LE PETIT LIVRE:  fichier pdf Luc le petit pêcheur

28 mai 2014 ~ 1 Commentaire

L’abricot

Un jour, quand j’étais petite, maman est rentrée du marché avec son panier rempli de fruits et de légumes multicolores. Parmi eux il y avait des abricots. Je n’en avais jamais vu d’aussi gros !

- Maman, je peux prendre un abricot ?

- Non, nous allons manger. Tu en auras deux au dessert.

Mais je n’eus pas la patience d’attendre le dessert. Tandis que maman tournait le dos, je chipai un abricot et me cachai derrière le fauteuil du salon pour le croquer. Je crois que je n’ai jamais mangé un abricot aussi bon que ce jour-là.

A peine le fruit fini, maman m’appela :

- Sabine, viens mettre la table !

Panique à bord !!! Que faire du noyau de l’abricot ? Si je ne le cache pas, maman va se fâcher ! C’est à ce moment que mes yeux se sont portés sur l’unique plante du salon. J’enterrai mon noyau dans la terre.

- Voilà, maman, j’arrive tout de suite.

- Que faisais-tu dans le salon ?

- Rien, rien, je regardais le soleil par la fenêtre.

Cependant, dans les semaines qui suivirent, je tremblais chaque fois que maman arrosait la plante : j’avais peur que le noyau remonte à la surface !

Mais quelques temps plus tard, maman s’écria :

- Ho ! Un arbre mystérieux pousse dans ma plante !

Elle alla chercher un autre petit pot à la cave, le remplit de terre, et y replanta délicatement l’arbre minuscule.

L’arbre poussa vite et papa dû bientôt le replanter dans le jardin. Une fois le travail accompli, il dit à maman :

- Je voudrais que tu m’expliques pourquoi tu appelles cet arbre « L’arbre mystérieux ». Il n’y a pas de mystère, c’est un abricotier.

Maman tourna la tête vers moi :

- Petite gourmande, tu avais volé un abricot !

Je ne me suis pas fait disputer, je pense que maman avait compris depuis longtemps. Mais  grâce à cet arbre, j’ai compris qu’il ne sert à rien de mentir : un jour ou l’autre, les mensonges sont découverts.

©Margine

LE PETIT LIVREfichier pdf L’abricot

L’enregistrement audio de cette histoire est ICI

 

28 mai 2014 ~ 0 Commentaire

La taupe

 

Tous les mercredis, papi emmenait Grégory au jardin. Quel plaisir de croquer dans les tomates bien rouges. Et quelle fierté de rapporter un plein panier de haricots à mamie. Mais mercredi dernier papi n’était pas content : il y avait un petit monticule de terre au milieu des fraises !

- C’est quoi, dis, papi ?

- C’est une taupe qui a fait ça. Elle creuse des galeries sous la terre, et quand elle pointe le bout de son nez, elle fait des ravages dans les plantations. Si je ne pose pas de piège, elle va tout retourner.

- Mais si tu mets un piège, elle va mourir !

- Bien sûr, c’est le but.

Grégory était triste pour la taupe. Il fallait absolument trouver une autre solution.

Pendant que papi rangeait un peu la cabane, Grégory s’approcha du petit monticule :

-Hé, la taupe, sauve-toi, mon papi veut t’attraper et tu vas mourir.

Pas de réponse. Comment faire pour qu’elle entende ? Grégory souffla dans le trou. On ne sait jamais…

Ho ! Miracle !

Le monticule grandit, grandit, grandit, jusqu’à devenir un gigantesque volcan d’où surgirent des dizaines de papillons multicolores.

- Papi, papi, regarde !

Papi s’approcha.

- Grégory, Grégory, réveille-toi. Garnement, tu t’es endormi sur les fraises ! Allez, on rentre, mamie va s’inquiéter. Et rappelle-moi d’acheter un piège pour la taupe.

© Margine

LE PETIT LIVRE: fichier pdf La taupe

11 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Le p’tit bonhomme

C’était un p’tit bonhomme

dans un champ de p’tits pois.

Un p’tit coup d’vent passa par là

Et emporta le p’tit bonhomme.

 

- Tu ne t’es pas fais mal, p’tit bonhomme ?

- Non non, j’ai atterri sur un artichaut. C’est chouette.

 Je dirais mieux : c’est artichouette !

 ©Margine

LE PETIT LIVRE: fichier pdf le p’tit bonhomme

11 avril 2014 ~ 0 Commentaire

J’ai semé

J’ai semé des radis,

    mais des carottes  sont sorties.

J’ai semé du blé

    mais du maïs a poussé.

J’ai semé des haricots

    mais il sort des noix de coco en sombrero. 

J’ai abandonné le jardinage. Je vais faire du coloriage, c’est plus sage.

©Margine

LE PETIT LIVRE:  fichier pdf j’ai semé

10 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Compère, Fripon et Filou

 

Dans le jardin de mon papi, les légumes s’amusaient bien. Mais ils jouaient à de drôles de jeux ! Fripon le potiron rangeait les carottes dans sa culotte, Compère pomme de terre faisait du tricot avec les fils des haricots, et Filou le chou peignait un tableau avec les poireaux. Papi s’est fâché tout rouge. Plus rouges que ses tomates (qui étaient encore vertes !). Il prit Fripon, Compère et Filou et les transforma en soupe !!!

©Margine

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10 avril 2014 ~ 0 Commentaire

Clémentine n’est pas sage

Clémentine ne fait que des bêtises.

Sa maman, désespérée, lui demanda un jour :

- Pourquoi n’es-tu pas sage ?

Clémentine, effrontée, répondit à sa maman :

- Parce que je ne suis pas une image !

©Margine

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